Très souvent, lors des consultations, mes patients me confient à quel point ils aimeraient comprendre leurs émotions pour ne plus subir d’anxiété, de colère, de déception, et bien d’autres encore. Jugé comme des émotions négatives, inutiles, elles deviennent des bêtes noires. Mais comment faire pour s’en débarrasser ? Est-ce possible ? Dans cet article, nous allons approfondir le sujet pour mieux les comprendre.
Du coup, c’est quoi une émotion ?
Essentielles à notre quotidien, les émotions pourraient être comparées à un ami interne, chargé de nous transmettre des informations importantes sur ce qui se passe autour ou à l’intérieur de nous. Pour cela, elles s’expriment aux travers de signaux qui vont nous aider à réagir face aux situations, comme :
- Un cœur qui bat plus vite (quand on a peur ou lorsqu’on est euphorique)
- Une boule dans l’estomac (dans les moments d’angoisse)
- Des frissons (lorsqu’on est ému)
- Les mains moites (quand l’embarras est présent)
Vous l’aurez compris, nous en avons besoin au quotidien afin de pouvoir décrypter ce qu’il se passe autour de nous.

💡Boîte à conseils :
En consultation, j’aime les comparer à un GPS. Si on apprend à les connaître, nos émotions nous guideront vers la décision qui nous convient le mieux.
D’accord, mais est-ce qu’on peut décider de s’en débarrasser une bonne fois pour toutes ?
Ça, c’est la question qui revient souvent. “Oui mais moi je n’aime pas la sensation que ça me provoque quand je ressens de l’anxiété ou de la peur. On ne peut pas vivre sans, Mme Ranchoux ?!”
Eh bien faisons un test.
Imaginez-vous, pour la toute première fois, sur une scène, face à une centaine de personnes pour une présentation très importante, et là, vous ne ressentez rien… strictement rien. Aucune émotion. Pas de peur, mais pas de sérénité non plus.
Comment allez-vous traiter la tâche à accomplir ? Comment savoir si l’enjeu de cette représentation est important ou non ? Déclencherez vous la motivation à bien faire si, intérieurement, il ne se passe rien ?
Dans cette situation, l’absence totale d’émotion change profondément la façon dont on aborde l’événement. La peur, lorsqu’elle est présente, joue au contraire un rôle de signal : elle attire notre attention et nous indique que la situation est importante à nos yeux. Les émotions, même inconfortables, nous aident à nous orienter.
C’est pourquoi, même lorsqu’elles sont désagréables – et non négatives –, nos émotions ont un rôle fondamental. Elles ne sont pas là par hasard. Comme j’ai pu l’expliquer plus haut, elles sont comme un GPS interne, qui nous guide face à des chemins parfois inconnus.
La réponse est donc sans appel : non, il n’est pas possible de supprimer nos émotions.
Et quand mes émotions sont trop fortes, qu’est-ce que j’en fais ?
Quand une émotion devient envahissante, notre réflexe est souvent de vouloir la contrôler ou la faire disparaître, pour que cette sensation désagréable qui nous parcourt devienne qu’un mauvais souvenir. Mais c’est précisément là qu’intervient le piège, car une émotion ne se commande pas et ne se juge pas. Elle apparaît.
Vous l’aurez compris, le problème n’est pas l’émotion. Le problème, c’est le combat que l’on mène contre elle.
La première étape consiste alors à changer notre manière de l’accueillir. Plutôt que de lutter contre ce que l’on ressent, il s’agit d’écouter le message que l’émotion tente de nous transmettre, pour ne plus la vivre comme une menace, mais plutôt comme une lecture de ce qui nous entoure.
Dans un deuxième temps, il est important de mettre des mots – le plus justement possible, mais nous verrons ça dans un autre article – sur ce que vous ressentez. Est-ce de la peur ? De la jalousie ? De l’anxiété ? De la déception ? Essayez de comprendre les signaux que vous venez d’accueillir.
Enfin, le point le plus important : ne vous jugez pas pour ce que vous ressentez. Les émotions n’ont aucune valeur morale. Comme nous venons de le voir, c’est une réponse à un stimulus. Cela ne fera que renforcer les sensations déjà désagréables. À la place, soyez doux avec vous, comme vous le feriez avec une personne que vous aimez.
Concrètement, il s’agit :
- D’arrêter la bataille et de donner de la place à ce qui est en train de se produire :
« D’accord, là, il se passe quelque chose. Je n’aime pas trop ça, mais je peux le laisser être là. » - N’essayez pas de la contrôler en réfléchissant de trop. Ça risque d’alimenter l’émotion. Au contraire, revenez à quelque chose de concret, comme votre corps.
Concentrez-vous sur votre respiration, en utilisant la technique du carré → Respirez 4 secondes, bloquez votre respiration pendant 4 secondes, expirez pendant 4 secondes, bloquez votre respiration 4 secondes. Répétez ce cycle pendant 5 minutes. - Mettez des mots sur ce que vous ressentez, sans rentrer dans les détails. Poser des mots permet de prendre un peu de distance.
« Là, c’est de la peur », « Je ressens de la tristesse », « Ça me met en colère » - Rappelez-vous qu’une émotion, même très intense, est toujours temporaire. Elle apparaît, elle atteint un pic, puis elle redescend. Toujours.
Si jamais je ne me sens pas mieux après toutes ces étapes ?
Malgré tout, il arrive que certaines émotions prennent plus de place, ou s’installent dans la durée. Comprendre et écouter ses émotions est un processus qui s’apprend. Il faut être patient avec soi, car comme tout apprentissage, ça demande de la répétition et du temps.
Dans ces moments, où le malêtre perdure, être accompagné par un professionnel de santé peut alors offrir un regard différent : un temps pour analyser, mettre du sens et déposer ce qui pèse. Un espace pour mieux comprendre son rapport au monde, et à ses émotions.
N’oubliez pas que demander de l’aide ne signifie pas que vous n’y arrivez pas. Cela peut indiquer que ce que vous traversez est difficile à porter seul. Parfois, poser les mots avec un professionnel permet de mieux comprendre ce qui se joue, et surtout, de se sentir soutenu et accompagné.